La Beuvrière,
paroisse de Brain-sur-longuenée, commune de Grez-Neuville.
En 1384 la seigneurie de la Beuvrière
appartient à la famille des Valleaux puis à
Christophe de Pincé premier époux de Marie de Maridor.
Les D’Orvaulx habitent aux Essarts, ils en sont
propriétaires ; Thibault d’Orvaulx habite la Beuvrière
vers 1391 ; la Beuvrière est en ruine au milieu du 15 ème siècle ; René d’Orvaulx
y habite vers 1527. Déjà propriétaire des Essarts, son fils Louis D’Orvaulx de Champiré (Ste Gemmes
d’Andigné) et de la Rivière d’Orvaulx (Loiré) et son épouse
Jeanne de Villebresme achètent la Beuvrière
à René de Maulny et René de Poncé le 10 juillet 1553.
Louis d’Orvaulx cèdera la Beuvrière
à son frère Charles et son épouse Françoise Dubois (1), le 3 novembre 1586.

Blasons et extrait de la généalogie des d’Orvaux, Hullin de la Selle, de Terves, à la
Beuvrière, alors paroisse de Brain-sur-Longuenée
Veuf de Françoise Dubois, Charles d’Orvault meure assisté des curés de Brain et de Neuville et quatre chapelains ; il est enterré à Neuville le 19 avril 1629,
accompagné de quarante prêtres et six curés.
Leur fils René d’Orvaulx épouse Anne Avril (2). Il déplace la Chapellenie de St Jullien des Essarts à la Beuvrière
en 1633, il acquière Villette, la
Pifferie, le Claireau,
la Talonnière,
le fief de St Laud et la métairie de la Blanchaie. C’est sa
veuve Dame Avril qui en 1651 acquière le fief et la seigneurie de Brain aux descendants des De Juigné
de la Boissinière. La Beuvrière
comportait aussi les fermes de la
Haute, de la
Basse, du Veau, du Souchay, une
partie de la Roberderie et le Petit Feudonnet.
Les de Saint-Offange : En 1628, la Beuverière
est citée comme ayant des liens avec les trois frères de Saint-Offange,
ligueurs angevins contre les Huguenots (château de Rochefort-sur-Loire).
Claude de Saint-Offange vendit le 14 avril 1713 la Frapinière
de Cossé (près de Chemillé) à Georges Hullin de la Selle x Françoise Grandet.
Les terres d’Armaillé et de l’Anjouère
à la Pouëze
étaient aussi la propriété des de Saint-Offange,
fin du 16è – début du 17 è siècle avant de passer entre les mains des de Terves. Claude Madelon de Saint-Offange fut Abbé de Saint-Maur au Thoureil
au 17 è siècle.
Blason de Saint-Offange: d’azur au chevron d’argent accompagné de
trois molettes d’éperon de même, deux en chef et une en pointe.
Pendant près de cinq
siècles, la Beuvrière et les nombreuses fermes qui en
dépendent restent entre les mains de la même famille dont le nom change par les
héritières femmes (la quenouille) : d’Orvaulx, Hullin de la
Selle, et de Terves. Les trois
blasons respectifs sont inscrits sur les vitraux de l’actuelle chapelle. On les
retrouve également sur leurs tombeaux, dans la chapelle Ste Anne du cimetière
de Brain-sur-Longuenée.
Blason d’Orvault : de
sable à la bande d’argent coticée d’or (de sable = noir)
Antoine d’Orvaulx
et Gabrielle Hulin de la Selle
(4) habitèrent à la Frapinière de Cossé, la Beuvrière
fut confiée à des marchands-fermiers. En 1702 La Beuvrière
est rattachée à la paroisse de Brain-sur-Longuenée
pour des raisons de proximité et du mauvais état du chemin conduisant à
Neuville.
Georges Hullin
de La Selle (de
Craon) se marie avec Anne Madeleine d’Orvaulx, sa
cousine. (5), ils acquièrent le feuil aux Andigné de Maineuf.
Blason Hullin
de la Selle :
de gueules à deux bandes d’argent accostées chacune de trois besants du
même, rangés en barres (de gueules = rouge)
Blason des de Saint-Offange Blason des de
Juigné
Querelles de clochers
En 1554 les seigneurs de Brain sont les de Juigné de la Boissinière
(en Bas Maine en Bretagne et en Champagne).
Blason de Juigné :
d’argent au lion de gueules à la tête d’or armé du même .
(= griffes d’or)
Sébastien de Mergot
seigneur de Montergon s’en souviendra : il fut
traduit en justice par François de Juigné pour avoir
enterré son père René dans le chanceau (chœur) de
l’église de Brain, droit réservé au seigneur de la
paroisse : il fut condamné à l’exhumer.
Le 26 juin 1651, Anne Avril, veuve de René d’Orvaulx
acquit de François Rousseau, seigneur de Villemorge
et autres héritiers de Messire de Juigné, la terre,
fief et seigneurerie de Brain,
droits de fondation de l’église et droits honorifiques et profitables. Elle
enleva le vitrail de St Michel au dessus du maître-autel pour y substituer ses
armes, elle fut condamnée en 1654 à remettre les choses en place : elle
avait oublié que la cure de Brain faisait partie du
chapitre de St Laud (Angers).
En 1693 c’est au tour de Guy
Simon de la Bénardaye (le Feuil) et de son épouse
Marie Nepveu : Antoine d’Orvaulx
leur fit enlever le banc qu’ils avaient installé dans le chœur de Brain.
La Beuvrière paroisse de Brain-sur-longuenée
Dès 1626 les d’Orvaulx seigneurs de la Beuvrière
et de Brain, reçoivent les sacrements et assistent
aux offices en l’église de Brain, en cas nécessité
et avec l’accord du curé de Neuville : baptêmes, mariages,
sépultures ; en 1693, les précautions sont devenues inutiles ; à
partir de 1702, le chemin de la
Beuvrière à Neuville n’est que
fondrières, et Monseigneur Henry Arnauld (Claude Le Peltier) ordonne que la Beuvrière
ferait désormais partie de la paroisse de Brain.
Après la Révolution,
l’évêque d’Angers, Monseigneur Charles Montault des Isles, frère du premier Préfet d’Angers, accorde aux de Terves de considérer l’église de Brain
comme leur église paroissiale. En 1802, la Beuvrière est dite de Brain dans un acte de mariage.
La Révolution : la famille de Terves
Les alliances aidant, à la
veille de la Révolution
ce sont 85 fermes qui se rattachent à la propriété de la Beuvrière,
y compris un moulin à vent et un moulin à eau au bout de l’étang.
En 1794 les royalistes et les
républicains s’affrontent par deux fois autour de Grigné et à la Basse-Beuvrière,
résultats : une trentaine de morts dans chaque camp.
En Janvier 1795 quatre-cent militaires républicains passent à Brain, venant de Bécon, ils campent
au château de la Beuvrière. Des plats, des bouteilles, des
poêlons sont cassés. Des fourchettes, des cuillères sont emportées. Ils mangent
des cochons, du beurre, de la graisse de porc. Ils boivent deux barriques de
cidre, ils font un feu d’enfer dans les neuf cheminées du château… Six-cent livres de dégâts ! Charles Levoyer marchand-fermier à la Beuvrière
sera indemnisé par la Commune
de Grez-Neuville. Charles Levoyer
exploite aussi la Maraudière
à Brain. En 1796 il se retire à Angers : les
terres deviennent inexploitables suite aux mouvements des troupes.
A la Révolution, Eulalie
Victoire Hullin de la Selle est mariée avec Pierre
Charles de Terves (6) , elle surmonte des
épreuves impensables :
Son frère Charles César Hullin de la
Selle militaire Royal, né à la Beuvrière
en 1740, émigre. Trois de ses fils Joseph, Pierre et Prosper de Terves (dont Grand Pierre et La Coulisse) émigrent puis
s’engagent et sont tués dans la Chouannerie. Ses trois filles meurent de misère
dans ses bras à la prison de Montreuil Bellay.
Le blason des de Terves est marqué par leurs origines bretonnes (Le
Croisic) : d’argent à la croix de gueules cantonnée de quatre
mouchetures d’hermine de sable.
Pierre charles
de Terves est né à La Pouëze,
ses parents et grands-parents étaient les seigneurs d’armaillé
et de l’anjouère à la Pouëze,
sa mère et sa grand-mère appartenaient à la famille des Collasseau
de la Machefolière
(La Renaudière
en maine et loire). Le
couple de Terves-Hullin de la Selle habita d’abord à la Pouëze,
plusieurs de leurs enfants y sont nés ; ils vinrent à la Beuvrière,
alors paroisse de Brain sur Longuenée,
entre 1778 et 1803, suite au décès de Georges Hullin
de la Selle
dont ils héritèrent.
Leur fils le comte Pierre Prosper
de Terves se maria (7) avec Agricole Floride du Chilleau, fille du marquis Marie-Charles
du Chilleau et de Elisabeth Floride de Montullé. ( Le père d’Agricole
Floride du Chilleau, Marie-Charles du Chilleau fut
gouverneur de St-Domingue, puis des îles
Sous-le-Vent ; il fut arrêté à la Révolution, ses biens furent confisqués).
Agricole Floride du Chilleau, comtesse de Terves était la cousine germaine de Lancelot Théodore
Turpin de Crissé, peintre et important donateur de collections au musée des
Beaux-Arts d’Angers.
L’énorme succession de Pierre Charles de Terves et de son épouse Eulalie Victoire Hullin de la
Selle
Le 3 novembre 1827, suite au décès de Eulalie
Victoire Hullin de la Selle, veuve depuis 22 ans
de Pierre Charles de Terves, le notaire Mathurin Priou procède au partage de la succession du couple, en présence de deux témoins Félix
Elie Mercier la Vendée,
maire du Lion et de Pierre Audiot propriétaire. De
leurs treize enfants, il ne reste que quatre héritiers descendants survivants.
Le mobilier a déjà été partagé, à l’amiable. Il reste à partager un parc
immobilier considérable. Il sera divisé en quatre lots égaux, attribués à
chacun par tirage au sort à deux tours, soit :
- Quatre châteaux plus ou
moins en ruine, les parcs, cours, jardins, étangs et dépendances.
- Soixante-sept
domaines, métairies ou closeries.
- Trente-cinq bois –
taillis et haute futaie.
- Quatre moulins à
eau ou à vent.
- Deux hôtels à Angers,
trois maisons, les cours, jardins et dépendances.
- des rentes foncières
à recevoir et des rentes de bienfaisance à payer.
Ce sont les terres et constructions de l’Anjouère,
de la Beuvrière,
du Margat, et de la Frapinière
de Cossé. Elles sont situées sur La
Pouëze, Vern
d’anjou, Brain-sur-Longuenée,
Contigné, Brissarthe, Châteauneuf, Cossé d’Anjou près Chemillé, la Salle-de-Vihiers, Gonnord, Joué, et
Angers.
Les terres et constructions autour de la Beuvrière
seront attribuées au comte Pierre Prosper de Terves
(7). Les terres et constructions autour de l’Anjouère seront attribuées à madame veuve Anne Adélaïde de Richeteau
dont les deux filles venaient de convoler avec les deux frères Tripier de Lozé. Les deux autres lots iront aux couples de Terves - de Villoutrey et de la Roche Saint-André – de Terves.
Le nouveau château de la Beuvrière
En 1870 le comte Pierre Léonce de Terves (8), cédant à la mode de la Renaissance
romantique, et affichant sa fortune construisit la façade principale (sud) de
l’actuel château (architecte angevin René Hodé).
Son fils le Comte Pierre Gabriel
Léonce de Terves (9) construisit plus sobrement
l’aile (ouest), en retour d’équerre, et la chapelle, bénie en 1893 par Mgr
Mathieu.
Les familles Hullin de la Selle, de Terves, du Chilleau et Brunet de
Montreuil reposent dans la chapelle
Ste Anne du cimetière de Brain-sur-Longuenée :
pierres tombales à visiter.

Extrait de
la généalogie des de Terves,
à la Pouëze
puis
à la Beuvrière,
alors paroisse de Brain-sur-Longuenée

Cadastre de 1812
Cadastre
actuel
L’origine du nom de la Beuvrière
vient de l’étang qui servait d’abreuvoir à de nombreuses fermes. L’ancien manoir
était entouré de douves il encerclait une cour carrée avec un puits au milieu.
Le très large perré du puits est surmonté d’une voûte, il existe encore mais la
margelle et la ferronnerie sont du 19ème. Le nouveau château a été construit
sur les fondations sud et ouest de cette ancienne demeure.


Des poires, des fleurs… l’apogée et la déconfiture.
Une variété de poire a été créée
à la Beuvrière
au début du 17 ème siècle sous le nom de Bergamote d’Eté
ou Milan de la Beuvrière (aussi appelée milan blanc ou
beurré blanc), elle est citée en 1628 dans le catalogue de le Lectier, procureur du Roi. Mais le directeur des vergers de
Louis XIV la considérait comme mauvaise et ne conseillait à personne de la
planter !

En 1908, la société
d’horticulture d’Angers honore Madame Mathilde Trémouroux,
comtesse Pierre Gabriel Léonce de Terves (9) et son
Jardinier M. Marion (médaille de vermeil grand module) pour les cultures
florales du château de la
Beuvrière. Les installations
d’arrosage sont décrites : pompe à vapeur, batteries électriques et
château d’eau, une des plus belles installations du Maine et Loire.
Vers 1900,
diverses successions conduisent à la dispersion des fermes : Marquis et
Marquise de La Salle
(Les Essarts), Paul Chesneau x Marie Thérèse Tonquedec, descendante de Yvonne de Terves
x Alain Quengo de Tonquédec
(10)... En 1909, des spéculations désastreuses forcent à la vente du château : Dognien industriel lyonnais, Galicier
financier parisien, Félix planteur de café au Kenya et son neveu Jean Pichot se succèdent.
Pendant la
guerre 39-45, la Beuvrière fut le domaine des pères
canadiens de la fraternité sacerdotale et une cache pour des parachutistes
anglais : le 26 Juin 1943, un bombardier s’était abattu en flamme entre La Beuvrière
et Grigné, il y eut cinq victimes.
L’annexe, une moitié du
bâtiment.
La Beuvrière
fut, après Savennières, (de 1949 à 1968) une école
supérieure féminine d’agriculture et école ménagère (directrice : la
première femme ingénieur-agronome de France, Yvonne Trouard Riolle) ; les
anciennes écuries et dépendances furent surélevées d’un étage et transformées
en salles de classe et internat.
Quelques poteries
découvertes dans une mare aux alentours du château de la Beuvrière,
mare qui fut une carrière de schiste pour la construction des fermes et du
château puis « noble dépotoir ». Parmi ces poteries des « Pont-des-Vernes » (Paul Langeron,
au sud de Montceau-les-Mines, sur le canal du Centre, Saône-et-Loire), des
bouteilles d’encre japonaise Antoine et fils, des pots à moutarde Grey-Poupon, des bouteilles d’alcool Wynand-Fockink
(Amsterdam) : ce ne sont pas là les déchets habituels des manants et
métayers.

A partir de 1968, la Beuvrière
devint Institut Rural du Segréen et annexe du centre
de formation de Châtillon à Cantenay-Epinard. Pendant
les deux mois d’été, une maison familiale de vacances fonctionnait avec, entre
autres activités, un relais du centre équestre de Segré.
Sources : Curé Gourdon ; Célestin Port ;
Prince de Broglie, la
Violette, ancien maire de Grez-Neuville ;
le Comte Bruno Tripier de Lozé ; Jean Poussin.
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